L’épigénétique montre que le style de vie et les événements (physiques et psychiques) vécus par une personne sont capables de modifier l’expression de certains gènes c’est-à-dire les ouvrir ou les fermer avec tous les intermédiaires possibles entre ces deux extrêmes. Il ne s'agit pas d'une mutation qui remplacerait un gène par un autre. Il est question des gènes actifs et inactifs présents dans notre génome. 

      De nombreuses études corroborent le mécanisme épigénétique qui est révolutionnaire parce que la médecine considérait jusque là que nos gènes étaient immuables... Encore un dogme qui s'effondre ! De plus, les résultats démontrent, que loin d’être un phénomène marginal, les processus épigénétiques sont fréquents. Ils seraient  à l’origine de l’évolution (adaptation) de la race humaine mais aussi de nombreuses maladies modernes voire du vieillissement.


Sur l'évolution de l'homme

      Des phénomènes épigénétiques sont intervenus dans l'évolution de l'homme par exemple pour son adaptation à l’altitude. Les chercheurs ont repéré que l’inexpression du gène PDP2 était à l’origine du Mal des Montagnes. Mais, les Ethiopiens vivant sur des plateaux situés à 3600 mètres d’altitude, présentent au contraitre une forte expression de ce gène. Selon les chercheurs, ce phénomène est la conséquence d’une adaptation évolutive. Il y a fort à parier qu’il s’agit d’un phénomène épigénétique ce qui doit nous rappeler que toutes ces modifications génétiques sont héréditaires, c’est-à-dire qu’elles sont transmises aux descendantsles modifications utiles comme les nuisibles.

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Sur les maladies

     Les chercheurs de l’université de Johns Hopkins ont confirmé que sous l’influence de facteurs externes, le génome des individus pouvait se modifier au cours de leur vie. Ils ont ainsi étudié le génome de 600 personnes, une première fois en 1991. Puis lors de la seconde étude entre 2002 et 2005, ils y ont constaté des modifications de l’expression de certains gènes, sur un tiers des individus. Pour eux, les variations dans l’expression de ces gènes étaient induites par les facteurs environnementaux et alimentaires. Cette réalité expliquerait aussi l’émergence de certaines maladies comme le cancer, qui sont plus fréquentes en vieillissant.

     Une étude américaine « PLoS One », indique que le tabagisme conduit à des modifications de l’activité (l’expression) de certains gènes, notamment ceux impliqués dans le contrôle de la division cellulaire. Ce mécanisme peut conduire à la transformation de cellules bronchiques saines en cellules cancéreuses. Le problème est que cette modification persistent même après 20 ans d’arrêt du tabac, d’où la nécessité d'une surveillance pulmonaire plus importante chez les anciens fumeurs.

     Une équipe de l’INSERM (U839) a démontré que la cocaïne, la morphine et les amphétamines modifiaient l’expression de plusieurs gènes qui détourneraient le circuit de la récompense et du plaisir. Par ce biais, la drogue leurre le cerveau faisant croire à une récompense naturelle alors qu’elle est chimique. Cette hyperstimulation artificielle « aboutit à une modification de l’expression génétique au niveau neuronal, ce qui explique l’installation progressive d’une dépendance » explique un des auteurs de l’étude.

      Sur un autre sujet, lors du 3ème Congrès National d’Asthme et d’Allergie qui s'était tenu à l’Institut Pasteur, il a été évoqué des observations qui « suggèrent que les facteurs environnementaux seraient susceptibles de modifier l’expression des gènes » notamment concernant la maladie asthmatique et les manifestations allergiques. « Ces effets dénommés épigénétiques pourraient expliquer partiellement la fréquence sans cesse croissante des maladies d’origine allergique » (Quotidien du Médecin du 16/06/08).


Ce qui a été fait, peut être défait

      L’étude GEMINAL (Gene Expression Modulation by Intervention with Nutrition And Lifestyle) parue dans « Proceeding » de l’Académie des Sciences Américaines, a démontré sur 30 hommes atteints de cancer de la prostate, que des changements importants de leur mode de vie et de leur alimentation modifiaient l’expression de gènes notamment ceux impliqués dans la cancérogenèse.

      Rien ne serait donc immuable ! Si un mode de vie délétère (alimentation, pollution, stress, addictions, etc.) ouvrent les gènes de la maladie, un changement vertueux de celui-ci fermera les gènes de la maladie pour ouvrir ceux de la santé.

      Nous seuls les seuls maîtres de notre destin.

Luc Bodin